Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du mercredi 28 juin 2023

Avant l'entrée en vigueur du décret régulant les « dark stores », la bataille déjà gagnée par les élus

Par Ornella Lamberti, AFP

« Les dark stores, c’est fini dans quelques semaines » : le premier adjoint à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, dit à l’AFP « avoir déjà gagné »  la bataille contre cette activité « anarchique », quelques jours avant l’entrée en vigueur du décret permettant aux maires de réguler le « quick commerce ».

En juin, les deux derniers acteurs spécialisés du « quick commerce »  en France, Getir et Flink, ont annoncé quitter ce marché français, accusant un cadre juridique défavorable à la poursuite de leur activité.

Au 1er juillet entre en effet en vigueur un décret permettant aux mairies de réguler l’activité des « dark stores », ces locaux où sont entreposés les produits du quotidien commandés en ligne et qui peuvent être livrés en quelques minutes. Ces dark stores cristallisent les critiques de riverains et élus, qui dénoncent des nuisances liées au ballet incessant des livreurs, l’arrivée de « villes-entrepôts »  voire le développement d’une « économie de la flemme ».

Désormais considérés comme des entrepôts et non des commerces, ils pourraient être contraints de fermer si, à l’adresse où ils sont installés, le plan local d’urbanisme (PLU) interdit ce type d’activité.

À Paris, 45 procès-verbaux avaient « déjà été transmis au tribunal »  mais « aucun n’a jamais abouti à une fermeture de dark store »  en raison de la lenteur du temps judiciaire, a expliqué Emmanuel Grégoire à l’AFP.

« Tous les jours, de 7 h à minuit » 

 « Je me mets à la place des riverains et je comprends », consent Arnaud Coulibaly, délégué syndical CGT Gorillas, interrogé par l’AFP au sein d’un de ces « dark stores », dans le XIe arrondissement parisien.

Dans cette copropriété fermée, on aperçoit derrière de longues baies vitrées marquées d’un autocollant « Gorillas »  des rayonnages modernes et des employés qui déchargent des palettes.

Bruits de conversation la nuit, allées et venues incessantes d’employés « tous les jours, de 7 h à minuit, avec des déchargements des camions le matin » : Michaël, 31 ans, préparateur de commandes qui n’a pas souhaité donner son vrai nom, estime aussi que « la grasse mat’ l’été les fenêtres ouvertes, ce n’était pas possible ».

En dénonçant ce système, « les gens croyaient servir une cause juste et noble », analyse aussi Arnaud Coulibaly. « Ils ont cru qu’on était des autoentrepreneurs, qu’on nous exploitait », dit-il. Or, a contrario des plateformes type UberEats, les acteurs spécialisés du « quick commerce »  salarient leurs employés, majoritairement en CDI. Les groupes Getir (Getir, Gorillas, Frichti) et Flink, en redressement judiciaire, laissent à eux deux près de 2 200 salariés dans l’incertitude, selon les syndicats.

Le premier adjoint à la mairie de Paris Emmanuel Grégoire tempère toutefois: « On nous dit : ‘’Ils créent de l’emploi’’. Mais c’est quoi le bilan de la création d’emplois nette par rapport aux emplois détruits sur les secteurs sur lesquels ils viennent en concurrence ? » 

 « C’est pas le Far West, Paris » 

Alors qu’ils étaient arrivés en fanfare sur le marché français, profitant des confinements liés à la pandémie de covid-19 pour se développer, aucun de la quinzaine d’acteurs spécialisés du « quick commerce »  n’a souhaité poursuivre sur le territoire français. Flink, Cajoo, Gopuff, Gorillas et consorts se sont livré une bataille concurrentielle féroce à coups de promotions extrêmement agressives, financées par des levées de fonds impressionnantes, un modèle qui les a économiquement « asphyxiés », avait expliqué à l’AFP la députée Maud Gatel (Modem), co-autrice d’un rapport sur le sujet.

« L’activité n’a jamais été rentable », juge également Arnaud Coulibaly. « Il aurait fallu 1 000 commandes par store par jour pour que ça le soit, or, en moyenne, ici, on en faisait 200 ».

Le syndicaliste estime également qu’il aurait fallu plus de temps « pour atteindre la rentabilité »  mais que l’hostilité de la France à l’égard de ce modèle a convaincu les investisseurs d’arrêter les frais. Pour Emmanuel Grégoire, « ce n’est pas le Far West, Paris ! ». Il évoque « des comportements capitalistes prédateurs ».

« Je ne comprends pas que notre pays ne s’arme pas mieux face à ces pratiques qui sont à bien des égards du dumping », lance celui qui « rappelle que la vente à perte est interdite en France ».

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